cb[Qu’attendez-vous de la visite du secrétaire d’Etat au tourisme et de la signature de ce partenariat avec Atout France ?]cb
Avant tout une bonne compréhension de nos problèmes et la prise en compte par le gouvernement et l’Etat des spécificités insulaires et des moyens propres que la CTC compte proposer en matière économique, fiscale et sociale afin d’y adapter notre politique touristique. La signature de la convention avec Atout France est un élément majeur de ces nouvelles dispositions pour notre ouverture sur le monde que nous devons aborder en bon ordre de marche et avec toute la compétitivité nécessaire. Ce partenariat nous donnera accès à une étude fine et actualisée des marchés dans l’ensemble des pays du monde, notamment les grands pays émergents, il nous permettra de rendre nos plans d’action plus réactifs. Mais au delà de ce véritable transfert de connaissances, c’est un apport indispensable en matière d’ingénierie touristique, de prospective, d’élargissement, de structuration et de maitrise de l’offre corse sur les quatre saisons, de marketing et de promotion. On le voit à travers le contrat de destination, c'est-à-dire une offre qui inclut transport, hébergement et activités tout au long de l’année. Je tiens particulièrement à saluer le travail réalisé par Christian Mantéi , le directeur d’Atout France, ses conseils et sa grande expérience sont des atouts précieux pour la Corse. On peut aussi regretter que le tourisme qui représente une grande part de l’activité économique de la France qui est la première destination touristique mondiale, n’ait pas un ministre de plein exercice qui nous aiderait encore plus dans notre ambition de développement durable.
cb[On sent une certaine impatience chez les professionnels du tourisme qui manifestent des attentes fortes envers l’ATC.]cb
Vous soulevez le problème important de la temporalité avec les professionnels. Ils sont dans l’immédiateté du terrain et de la gestion de leurs outils de travail et attendent depuis des années une politique claire et ambitieuse. Cela ne se fait pas en un instant. Le temps politique est celui de la définition des politiques publiques, de l’évaluation, du contrôle administratif et institutionnel, de la conformité aux textes et aux missions. Par exemple il nous a fallu repositionner l’agence sur ses missions premières tout en assurant la continuité des services, préparer le nouveau règlement des aides en passant de 4 règlements à 1 seul, mettre en œuvre une nouvelle politique de communication, définir une nouvelle stratégie d’attaque des marchés… L’ATC est un outil au service de l'économie touristique, de tous les professionnels du tourisme et de toutes les formes de tourisme. Son statut lui confère des missions essentielles qui doivent lui permettre d'insuffler et de mettre en œuvre une politique touristique régionale en cohérence et en coordination avec la politique globale de la CTC et des autres Offices. C’est le plan stratégique qui sera présenté fin septembre devant le Conseil Exécutif et l’Assemblée de Corse et qui sera la matérialisation politique en matière de tourisme de la mandature pour les trois ans à venir. Nous avons écouté tout le monde, l’ATC n’est qu’un « assemblier », un lieu de gouvernance associative qui permet d’orienter les politiques publiques après une large concertation de tous les acteurs. Tous les professionnels y sont représentés et ce n’est pas à moi de régler des problèmes de représentativité au sein de leurs organisations respectives. Le cœur de cible de l’ATC se sont en réalité les professionnels du tourisme dans leurs différences et dans leurs différentes composantes, sans eux, sans leurs contribution et leur travail rien ne peut se faire ni réussir. L’essentiel est de se mettre d’accord sur les préalables, sur ce que nous voulons pour la réussite de la Corse, les moyens viennent ensuite. Je pense que nous avons passé cette première étape capitale avec succès, mais les moyens c’est aux décideurs politiques et aux élus de les définir dans le cadre d’une politique régionale porteuse de nos ambitions collectives. Il faut bien comprendre que ce sont des démarches à 10 ans qui conditionneront l’avenir économique de l’île, l’ATC sera présente pour impulser le dynamisme dans une logique d’animation et d’accompagnement au plus près du terrain. Je suis pour une économie de marché régulée qui laisse toute leur place aux acteurs mais où la puissance publique impulse la dynamique par des décisions fortes et crée les conditions de la viabilité économique des activités.
cb[Cette impatience est encore plus manifeste auprès du Cercle des grandes maisons corses ?]cb
Le Cercle des grandes maisons corses a été un apport très constructif à notre réflexion collective en termes de bilan, de constat, de propositions et de perspectives. Ce sont des professionnels reconnus qui ont investi et pris des risques quelques soient les difficultés rencontrées. Ils ont misé sur la qualité et l’identité pour l’hôtellerie et la restauration, crée des emplois et élargis l’offre sur toute l’année. En termes d’image et de notoriété ils contribuent comme d’autres à tirer la Corse vers le haut. Ils ont compris que le tourisme était une économie globale, mouvante et concurrentielle, moins administrative et demandant un management par la responsabilité. Ce sont justement les nouvelles bases de travail de l’ATC. Nous entrons dans une logique d’économie touristique et non plus de vacances, c’est un pari risqué et ambitieux mais qui suscite beaucoup d’espoir. Encore une fois, la réussite ne pourra être que collective. Nous avons l’opportunité de faire de la Corse à la fois une destination golfique majeure et une destination familiale de qualité, ne laissons pas passer cette chance.
cb[Comment pensez-vous réussir à tout concilier et à entrainer l’ensemble de la profession avec vous?]cb
La volonté politique est là et nous nous en donnerons les moyens. Le tourisme est la première activité insulaire et nous devons en faire une ressource propre et durable. Nous voulons un tourisme de responsabilité, c'est-à-dire un tourisme maitrisé et acceptable par l’ensemble de la population, un tourisme respectueux de notre identité et de notre environnement, créateur de richesses et d’emplois pérennes sur tout le territoire. C’est sans doute la meilleure manière de concevoir une véritable politique sociale. Le tourisme ne peut s’inscrire dans une logique de développement durable que s’il échappe à la mono économie du « tout tourisme » et qu’il produit un effet de levier sur tous les autres secteurs d’activité. Cette nouvelle approche nécessite de profondes réformes et un changement de mentalité afin de promouvoir la Corse au niveau international, comme une terre d’excellence et de qualité.
Cela passe par une réforme de l’organisation administrative afin d’utiliser cet effet de levier en harmonisant les différentes politiques mises en œuvre par la Collectivité, politique foncière, agricole, économique, de transports, environnementale et de formation… Nous proposerons également une réforme de la fiscalité liée au tourisme et à l’environnement afin de pouvoir mettre en perspective des ambitions et des ressources fortes et pérennes, ce n’est pas aux corses d’assumer les couts du tourisme. Mais la fiscalité n’est qu’un moyen, un touriste contributeur est aussi un touriste plus exigeant, il vit sur un territoire, il faut l’éduquer, l’informer, dépasser le simple cadre de l’économie. Monter en qualité et développer les offres c’est également lui faire comprendre que derrière ce qu’il voit et ce qu’il fait, il y a des femmes et des hommes, des savoirs faire, des produits, une culture, des traditions, un environnement fragile à respecter, on n’est plus dans le folklore mais dans l’authenticité. « Corsica made » doit être le label de tout ce que nous pouvons offrir de meilleur, et pour cela nous devons être encore plus exigeants avec nous-mêmes.
cb[C'est-à-dire ?]cb
Par exemple, l’Office de l’environnement travaillera sur l’opportunité des projets et l’étude d’impact des activités. L’éco contribution des touristes ira de paire avec l’éco conditionnalité des aides, c’est cela un vrai développement durable. En partenariat avec l’Odarc, nous développons la filière de l’agritourisme, un tourisme authentique et identitaire valorisant les produits du terroir à consommer localement. Tourisme et agriculture sont indissociables. Mais revitaliser l’intérieur c’est aussi réhabiliter le patrimoine bâti, mailler le territoire avec des bâtisses réhabilitées. Qu’est ce que le patrimoine bâti corse ? Une offre sur l’intérieur de qualité corse doit aussi être une offre professionnelle. Nous proposerons une Ingénierie touristique au service des maires et des intercommunalités, la création d’un groupe de travail sur la réglementation afin d’encadrer le statut de professionnel et de professionnaliser le secteur de pleine nature. Créer des emplois pérennes c’est également former en continu les hommes. En participation avec l’Université nous étudions quelles actions menées en matière pédagogique et de formation et à une école d’application des métiers du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration sur des axes méditerranéen et européen. La formation est fondamentale si nous voulons une main d’œuvre qualifiée et pérenne à la mesure de nos exigences. Nous travaillons avec les professionnels à un contrat spécifique tourisme pour la Corse avec l’aide de l’Etat. Annualisation du temps de travail, période de travail période de formation. Les établissements s’engageront à passer de 8 mois à 11 mois d’ouverture sur 3 ans. Nous allons également mettre en place une centrale de réservation de l’ATC qui sera un outil collectif de réservation en ligne vers la destination Corse. Ce ne sont que quelques exemples de ce que l’ATC proposera aux élus et qui trouvera sa finalité dans la rédaction d’un livre blanc qui sera notre contribution à l’élaboration du PADDUC.
cb[Les premières réactions sur la saison ne sont pas toutes positives ?]cb
Je refuse d’entrer dans ce genre de débats récurrents et inutiles. Il faut sortir de cette logique de flux et de chiffres. On ne résonne plus aujourd’hui en terme de flux ou de saison mais d’acceptabilité du territoire, de gestion de ce que ca coute, de politique structurante et nous ne pouvons prendre en compte que le secteur marchand. Le contrôle du secteur non marchand est du ressort des services de l’Etat. Les offices de tourisme qui sont en liaison constante avec les hôteliers sont tous au vert, les transporteurs aussi. Le mois de mai a été moins bon car il n’y avait pas de weekends longs cette année, mais ca ne conditionne pas la saison. On fera le bilan de la saisonnalité à l’automne, l’ATC communiquera alors officiellement. Il sera intéressant de répondre aussi à d’autres questions : l’offre est elle adaptée, que reste-t-il en Corse à la fin de la saison, quels sont les retours sur investissements ? Pourquoi un touriste sur deux ne revient pas ?
cb[Avec l’automne les polémiques vont également revenir sur la participation de l’ATC à la Fête de l’Humanité ?]cb
La fête de l’Humanité qui aura lieu du 16 au 18 septembre est la plus grande fête populaire et familiale où sont représentées toutes les régions dans un espace qui leur est dédié, je ne comprends pas pourquoi l’ATC qui souhaite promouvoir différents types de tourisme devrait refuser d’y participer. Ainsi, cette année la région Corse y est invitée d’honneur à travers sa Collectivité Territoriale. C’est une fête citoyenne et éco responsable, un lieu de débats et de rencontres, un rendez vous politique et institutionnel incontournable. La Corse y a toute sa place.