Méditerranée : crise ou pas, elle a gagné des parts de marché en 2009

Méditerranée : 287 millions d’arrivées en 2009
Tourmag du 26/05/10
Chronique d'Etienne PAUCHANT (META)



Méditerranée: Crédit photo satellite Plan Bleu
Méditerranée: Crédit photo satellite Plan Bleu
En 2009 les 879,7 millions d’arrivées internationales (-4,38% vs 2008) sont réparties par l’Organisation Mondiale du Tourisme en cinq grandes zones de destination:
- l’Europe, distribuée entre le Nord, le Centre, l’Est, l’Ouest, le Sud Méditerranéen
- l’Asie et le Pacifique
- les Amériques du Nord, Centrale et du Sud
- l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne
- le Moyen Orient

Redonner à la Méditerranée une identité perdue il y a 2 000 ans

La Méditerranée est une petite mer intérieure d’une superficie de 2,5 millions de km2, formant une zone homogène de réception touristique, constituée par 30 marchés ayant une rive avec elle, ou assimilables à un marché méditerranéen.

Le tableau suivant réintègre dans la zone META (Méditerranée Nord, Est, Sud et Balkans) les marchés comptés par l’OMT dans les zones :

- de l’Europe du sud : Albanie, (Andorre), Bosnie Herzégovine, Chypre, Croatie, Espagne, Grèce, Israël, Italie, (Kosovo), (Macédoine), Malte, Monaco, Monténégro, (Portugal), (San Marin), Serbie, Slovénie, Turquie
- de l’Europe de l’ouest : France
- de l’Afrique : Algérie, Maroc, (Mauritanie), Tunisie
- du Moyen Orient : Lybie, Egypte, (Jordanie), Liban, Palestine, Syrie
(entre parenthèses les marchés n’ayant pas un accès direct à la Méditerranée)

Au cours de l’année 2009, les marchés de la zone META, accusent une baisse de - 3,6%, s’établissant à 287 235 0000 arrivées internationales. La part de marché mondiale de la zone META passe de 32.40 % en 2008 à 32.65 % en 2009 (+ 0,25 %), grâce à une résistance plus importante de la zone META à la crise (-3,6 %), par rapport à la baisse mondiale de 2009 (-4,38 %).

Ce sont les marchés de l’Est, Sud et des Balkans qui sont les moteurs du marché méditerranéen.
Les résultats 2009 de la Partie Nord (U.E) ne sont supérieurs que de + 2,89% comparés à ceux de l’année 2000, le monde entier de 28,61%, les marchés méditerranéens hors Union Européenne de +115%. A ce rythme, les pays méditerranéens non U.E seront à égalité en nombre d’arrivées avec leurs partenaires du nord avant 2020. En arrivées cumulées sur 10 ans (2000-2009), la Méditerranée représente 33,47% des arrivées mondiales

Les 27 Etats membres de l’Union Européenne ont reçu en 2009 353,6 millions d’arrivées internationales selon les derniers résultats de l’OMT en avril 2010 (résultats provisoires, estimation -4,4% vs 2008), 70% d’entre elles sont émises par les Européens (voyages trans-Europe) et 30% par les non Européens. Parmi celles-ci, les huit Etats membres méditerranéens (Chypre, Espagne, France, Portugal, Grèce, Italie, Malte, Slovénie) cumulent 200,6 millions d’arrivées, soit 56,7% du nombre total d’arrivées reçues en U.E. La part de marché monde de l’Europe des 27 est de 40,2% en 2009.

Si l’on ajoute aux 27 les 16 marchés méditerranéens, membres de l’Union pour la Méditerranée (Albanie, Algérie, Bosnie Herzégovine, Croatie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Monaco, Monténégro, Palestine, Syrie, Tunisie, Turquie), le nombre d’arrivées internationales en 2009 passe à 434 millions d’arrivées, soit 49,4% des arrivées mondiales.

Enfin, si l’on prend en compte les cinq marchés méditerranéens non membres de l’UpM (Andorre, Lybie, Macédoine, San Marin et Serbie), ce nombre consolidé culmine à 437 millions, soit presque la moitié des arrivées mondiales (49,7%).

La dépense moyenne en Méditerranée est estimée par plusieurs sources à 600 € par personne (pax) en 2009 (soit une baisse de l’ordre de -6% par rapport à 2008). Ceci, hors transport et dépenses d’équipements réalisées dans le pays d’émission, ce qui devrait permettre d’atteindre une dépense globale estimée à 800 € et plus, pour un volume d’activité en Méditerranée (30 marchés) de 230 milliards d’Euro et de 350 milliards d’Euro pour l’ensemble Euro-méditerranéen (48 marchés).
Ces sommes ne concernent que le tourisme international (par ordre d’importance : villégiature en vacances passives très majoritairement mer et soleil, visite parents et amis, voyages d’affaires, circuits actifs, autres) et ne prennent pas en compte le tourisme domestique dans les marchés concernés. Il est plus que probable que le volume global (arrivées internationales + arrivées domestiques) dépasse très largement les 500 milliards d’Euro réalisés dans les 48 marchés Euro-méditerranéens (43 UpM + 5).

Les Européens, principale source de tourisme dans le monde et bien entendu dans les destinations méditerranéennes, auront cumulé 395 millions de départs « toutes destinations » en 2009 (-6%) et un nombre de nuitées en diminution de -2%. Le marché britannique enregistre le plus fort recul de ces départs internationaux (- 8 millions) suivi par l’Allemagne (- 3 millions), la Russie (- 2,6 millions), et dans une moindre mesure par l’Espagne, la France, la Suède et les Pays-Bas (source conférence IPK/ITB mars 2010)

Les intentions de voyages pour 2010, mesurées par le deuxième baromètre publié par la DG Entreprise et Industrie de la Commission de l’U.E (mars 2010), enregistrent une forte hausse pour la saison 2010, la moitié des Européens questionnés au début de cette année (30 000 interviews) déclarent penser avoir les ressources nécessaires pour partir en vacances en 2010 (+ 5% vs 2009).

L’OMT annonce une progression mondiale de 7% au premier trimestre de cette année.
Le premier trimestre 2010 marque la fin de la destruction d’emplois en zone Euro, débutée en septembre 2008. La reprise est encore timide en Europe, alors qu’elle est plus conséquente dans les pays émergeants, notamment en Asie. L’Allemagne et les Pays-Bas ont recréé en avril 2010 des emplois dans le secteur secondaire pour la première fois depuis deux ans. Les emplois dans les services reprennent également des couleurs, y compris dans le tourisme, cependant freiné dans son fragile rebond par une nouvelle instabilité due à l’éruption de l’Eyjafjallajökull en avril.

Une éruption qui a brisé dans leur élan les premiers départs en avion pour les vacances vers le sud (impact heureusement limité, estimé à -0,3% des départs, car l’essentiel de ceux-ci a été reporté) et au brusque effondrement des bourses mondiales en mai, faisant suite à une méfiance des marchés vis-à-vis du surendettement des Etats européens.


L’Euro est passé sous la barre des 1,30 US$ en mai. Les 27 adopteront en réaction des plans de rigueur, qui brideront la reprise annoncée. Si la faiblesse de l’Euro se maintient, elle aura comme conséquence une augmentation du prix du transport (routier et aérien) pour les départs des européens, ainsi que les coûts de séjour dans les destinations méditerranéennes hors zone Euro.
Mais elle favorisera aussi le retour des arrivées touristiques internationales depuis les marchés lointains dans les marchés concernés, notamment celles en provenance de l’Amérique du nord et de l’Asie (également en sortie de crise), qui avaient sérieusement diminué en 2009.

Elle est la fille et la petite fille de la crise économique de 2009 et de la crise financière de 2008. Elle impacte directement les budgets des ménages et le poste « vacances » dans ceux-ci. Elle commence sa reconquête par une accélération de la création d’emplois au cours du second trimestre 2010. Toutefois, le retour à un taux de 8% de chômage en zone Euro (observé en 2006-2007), ne pourra s’envisager avant 2011 ou 2012.

Entretemps, avec le retour d’une fragile confiance et des budgets des ménages moins tendus (mais qui pourraient être une nouvelle fois contraints par les plans de rigueur annoncés), les Européens retrouveront progressivement le chemin des vacances cette année, en particulier vers la Méditerranée, destination proche et familière, au coût inférieur à celui des voyages longue distance.