Les tendances de l'e-tourisme pour l'été 2010

Journaldunet.com du 9/06/10



Difficile d'établir des prévisions fiables pour le marché de l'e-tourisme cet été compte-tenu des divers événements perturbateurs comme l'éruption du volcan islandais, la coupe du monde de foot, la crise économique ou encore la chute récente de l'euro face au dollar. Pourtant certaines tendances font surface comme la flambée des prix, les possibles ruptures de stock... Le point avec les professionels du secteur

Après une année de crise en 2009, les Français sont bien décidés à partir en vacances cet été malgré l'incertitude qui pèse sur l'avenir. "La crise économique et l'ambiance générale donne encore plus envie aux Français de partir", insiste Guy Raffour, PDG de Raffour Interactif. Ainsi, 55 % des Français partis en vacances en 2009 sont prêts à sacrifier d'autres dépenses pour pouvoir partir en vacances en 2010, selon le huitième baromètre annuel réalisé par Raffour Interactif qui sera présenté le 15 juin prochain.

"Ceci dit, si les Français veulent des vacances, il leur faut faire des arbitrages. Les revenus des foyers n'augmentant pas contrairement aux charges, la partie des revenus libérés baisse en conséquence. "Les foyers privilégient cependant les vacances pour dépenser ce budget disponible", note le spécialiste du tourisme.

Mais il y a encore une forte corrélation entre le niveau de revenus des ménages et le taux de départ selon Guy Raffour. En effet, 81 % des CSP+ sont partis en vacances en 2009, contre 55 % de la catégorie des employés, ouvriers et professions intermédiaires, 50 % des commerçants-artisans et retraités, 44 % des étudiants non actifs. La moyenne française atteignant 56 % en 2009. Les CSP+ ne sont que 6,6 millions en France et les professions intermédiaires et ouvriers 23,6 millions. Ces derniers touchés par la conjoncture économique représentent en quelque sorte un fond de commerce pour le tourisme. Il faudra donc les rattraper au moyen de promotions, mais ils opteront souvent pour des séjours non marchands. "En 2009 on a observé une diminution des séjours marchands non compensée par les séjours non marchands alors que cela avait été le cas en 2008", prévient Guy Raffour.

Le phénomène n'est pas nouveau mais accentué par la situation économique : les Français utilisent de plus en plus Internet pour chercher le meilleur rapport qualité-prix. 81 % des Français partis en vacances en 2009 sont des internautes d'après le baromètre Raffour Interactif. 51 % ont préparé leur voyage en ligne, soit 14,7 millions de personnes.

Eruption de volcan, conjoncture économique, épidémie de grippe, tensions socio-politiques, événements climatiques... Le marché du tourisme est plus imprévisible que jamais. "Cela crée de nouveaux comportements, analyse Guy Raffour. Les gens veulent raccourcir le délai entre l'impulsion et l'achat, ils veulent voyager virtuellement au travers de vidéos et photos avant d'acheter." Ce qui les pousse vers Internet où ils peuvent obtenir des informations en temps réel et acheter rapidement.

Opportuniste, le vacancier devient de plus en plus imprévisible lui aussi, zappant sur les offres et choisissant ce qui lui convient à un instant T. Dorénavant ils allouent du temps et du budget pour leur séjour et regardent moins la destination.
2009, les compagnies aériennes, qui souhaitaient compenser une saison hivernale mauvaise en allouant plus de stocks sur l'été, n'ont pas eu le temps de s'adapter à la baisse de la demande, provoquant une baisse générale des prix. Régulation qu'ils ont effectuée cette fois-ci pour 2010 alors que la demande est repartie à la hausse dès le début de l'année. Conséquence : les prix repartent à la hausse.

Force est de constater que, très prisées des vacanciers, les offres de dernière minute ne cessent de progresser d'année en année. Par exemple chez Opodo, 50 % des forfaits touristiques estivaux se vendaient dans les quinze jours précédents le départ auparavant. Cette proportion est montée à 60 ou 65 % en 2009 à cause de la crise. Un danger plus qu'une manne finalement pour le voyagiste.
Il est dangereux aujourd'hui de se baser uniquement sur des dernières minutes qui prennent une part de plus en plus importante dans notre activité. La gestion des réservations à quatre jours seulement du départ représente des moyens importants à mettre en place pour des offres finalement bradées", confie Xavier Rousselou, directeur de la communication chez Opodo. C'est pourquoi, depuis deux ans, le voyagiste propose aussi des offres de première minute sur les forfaits touristiques. Elles présentent un bénéfice pour le consommateur - des réductions de 15 % en général - tout en étant sécurisantes pour l'opérateur.

Mais les dernières minutes ont encore de beaux jours devant elles. Si les prestations haut de gamme (séjours culturels, longs courriers, circuits) se réservent actuellement pour cet été, les réservations de prestations plus standard sont en retard et se feront sans doute en dernière minute.

Le constat est sans appel : "les ventes pour les Etats-Unis dévissent depuis une semaine, même si elles sont toujours en croissance", annonce Carlos Da Silva, chez Go Voyages. C'est pourtant l'une des destinations qui enregistre la meilleure performance traditionnellement chez le voyagiste. Et c'est désormais l'un des moins bonnes depuis une semaine. C'est l'effet de la chute brutale et récente de l'euro face au dollar. On est passé en très peu de temps d'environ 1,5 dollar pour un euro à un peu moins de 1,2 dollar le 7 juin dernier.

Or 35 à 50 % du prix de vente d'un séjour est lié au coût de l'avion, explique Alain de Mendonça chez Promovacances. Le carburant se paie en dollars, comme d'ailleurs les hôtels aux Etats-Unis, comme pour certaines destinations telles que les Caraïbes ou le Mexique. Et la surcharge carburant pourrait faire augmenter de 5 à 10 % le panier moyen calcule Xavier Rousselou chez Opodo. Une augmentation qui pourrait donc apparaître sur les prix actuels mais aussi être reportée sur les prestations déjà réservées. En effet la loi prévoit qu'il est possible pour les opérateurs de réviser les prix à la hausse jusqu'à 30 jours avant la date de départ. Mais les professionnels du marché de l'e-tourisme s'accordent à dire que cette hausse des prix pourrait ne se faire sentir que vers la fin de l'été et surtout l'hiver prochain, comme d'ailleurs les effets des mesures d'austérités prises au niveau étatique

La Coupe du Monde de foot retarde plus ou moins les départs en vacances pour pouvoir suivre l'événement, observe le PDG de Promovacances. "Tous les quatre ans on observe ainsi une baisse d'environ 10 % des ventes de voyages. Les gens vont sans doute attendre la fin de l'événement ou la sortie de l'équipe française pour se tourner vers des offres de dernière minute."

Ce que craint effectivement le directeur général d'eBookers, c'est un trafic Internet moins qualifié lors de l'événement sportif, les consommateurs passant moins de temps sur Internet pour suivre l'événement à la télévision, donc un taux de conversion moins bon qu'à l'accoutumée. " Le cycle de préparation à l'achat s'allonge", remarque-t-il.

Cependant, "les pronostics ne sont pas exceptionnels et l'événement ne se déroule pas en France, l'impact sur l'e-tourisme devrait donc être limité, relativise Guy Raffour. De plus les matchs sont maintenant rediffusés partout, même sur les lieux de vacances." Enfin, contrairement à la Coupe du Monde précédente, la vente de téléviseurs haute définition fera moins concurrence au marché du tourisme cette année en terme de budget, les consommateurs étant déjà équipés.

Comme chez beaucoup d'acteurs du marché, l'éruption a créé un trou d'air dans les réservations sur le site d'eBookers, le taux de conversion s'effondrant en même temps que la confiance des voyageurs vis-à-vis de la reprise d'un trafic aérien normal. Mais "les gens ont vécu cet événement comme ponctuel, assure Alain de Mendonça, chez Promovacances. Il ne devrait donc pas perturber les vacances d'été. D'autant plus que ce sont des vacances familiales qui sont difficiles à organiser en dernière minute."

Pour Xavier Rousselou chez Opodo, "les vacanciers n'ont pas peur de partir à l'étranger mais ils craignent d'y être coincés ce qui pourrait avoir pour conséquence des coûts supplémentaires". C'est pourquoi ils vont sans doute partir moins loin, la part des vols domestiques devant augmenter par conséquence.

Réductions de budgets, chute de l'euro, menace du volcan sur le trafic aérien pour certains, tensions politiques et sociales pour d'autres... Cette année, les vacanciers vont de manière générale partir moins loin. Ainsi, chez Promovacances, l'on enregistre une baisse de 10 % des paniers supérieurs à 2 000 euros sur les réservations estivales en cumul début juin, par rapport à la même période l'année dernière, et ce notamment du fait des destinations choisies. Les réservations pour le bassin méditerranéen sont en hausse chez Promovacances. Opodo enregistre aussi de très belles progressions sur le Portugal et l'Italie en matière de destinations de proximité.

Seule la Grèce fait exception dans cette zone géographique avec ces réservations estivales en baisse de 20 % chez Promovacances. Même tendance pour les vols et forfaits touristiques à destination de la Grèce chez Opodo, également en baisse par rapport à la même période en 2009. En effet les tensions sociales inquiètent les vacanciers. S'ils réservent sur ce genre de destination, comme également la Thaïlande ou l'Israël, ce sera sans doute au dernier moment.

Comme évoqué plus tôt, la chute de l'euro face au dollar va peser sur les réservations à destination des Etats-Unis et certains longs courriers mais pas tous. A l'instar de l'exposition universelle qui draine beaucoup de vacanciers vers la Chine et notamment Shanghai. Go Voyages enregistre actuellement une hausse de 60 % des réservations vers cette destination par rapport à l'année dernière. Crise, faillite de la Grèce , baisses de salaires, chute de l'euro, réformes des régimes des retraites.... Le mauvais climat socio-politique engendre un ralentissement des réservations touristiques sur le marché.

En discutant avec ses confrères sur le marché, Carlos Da Silva constate que la vente de séjours et forfaits touristiques - qui ne constituent que 10 % de l'activité de Go Voyages - se trouve actuellement à un niveau inférieur à celui de l'année dernière. "Il y a moins de demandes actuellement sur le marché, comme ce que l'on a connu l'année dernière, ce qui tend à penser que la saison va être mauvaise ou qu'il va y avoir encore beaucoup de dernières minutes." Malgré tout "les émissions de billets d'avion par l'ensemble des agences de voyage du marché sont en hausse sur le mois de mai, à un niveau pas atteint depuis avril 2008", tempère-t-il comme preuve d'optimisme sur le marché.

De fait eBookers ne constate pour le moment pas de véritable changement en matière de réservations estivales par rapport à l'année dernière. En ce début de mois de juin, Go Voyages enregistre une croissance de 30 % de son chiffre d'affaires pour juillet et août 2010, bien que 50 % des ventes se fassent à un mois du départ. Et selon Xavier Rousselou, la croissance à deux chiffres enregistrée par Opodo en 2009 devrait se maintenir en 2010, grâce à la crise et le report des réservations dans les magasins sur Internet.

En outre, les plans de rigueur au niveau étatique viennent juste d'être signés. Donc, sauf si la bourse plongeait, la crise économique ne devrait finalement pas avoir de conséquence sur le marché cet été mais plutôt cet hiver. Promovacances constate déjà une hausse de 5 à 10 % du coût d'achat pour l'hiver prochain et une baisse de la demande