Les principes de la politique touristique et la situation à l’issu des dispositifs 2000-2006



Un environnement compétitif disputé

Le tourisme corse évolue au cœur du premier bassin touristique mondial dans un environnement compétitif très disputé. Il nécessite, comme dans tout secteur marchand, de nous adapter en permanence pour être compétitif.

Nouvelles offres qui se développement partout en Méditerranée, nouveaux comportements de consommation où la carte développement durable répond à la quête de sens, évolution démographique très significative dans les marchés d’Europe de la clientèle seniors, bouleversement du transport aérien avec une concentration des opérateurs et l’arrivée récente et puissante du nouveau modèle des compagnies à bas coûts, concentration dans le monde des opérateurs de voyages qui voient évoluer les métiers avec l’explosion de la sphère Internet… autant d’éléments à prendre en compte pour positionner l’économie touristique de l’île et l’inscrire dans les courants de croissance.

Les prévisions de croissance de l’organisation mondiale du tourisme à l’horizon 2020 tablent sur un taux de 3% annuel pour l’Europe et la Corse doit prendre sa part de croissance au même niveau en considérant l’étalement de son activité dans le temps comme une priorité. Cela suppose de faire évoluer son offre de séjour, de créer de nouveaux produits et de favoriser l’accessibilité, principalement aérienne, à l’île depuis les principaux pays émetteurs.

Etat des lieux

Une contribution économique déterminante pour l’île

Dans cet univers, la Corse représente aujourd’hui 2,5 millions de visiteurs environ 29 millions de nuitées, ce qui, rapporté à la population résidente et lissé sur l’année en équivalent habitant correspond à un accroissement de 30% de la population résidente de l’île. C’est dire la contribution économique qu’il lui apporte avec une consommation intérieure (dépenses hors transport d’accès) de l’ordre de 1,5 milliards d’euros. La part contributive du tourisme dans son rapport au Pib est estimée à plus de 30% et la valeur ajoutée à 10%. Près de 6.000 emplois directs sont concernés par l’activité en Corse avec plus de 7.000 salariés qui viennent se rajouter en saison aux emplois à l’année.
Rajoutons que le revenu médian du chef de famille est de 3.400 € et la dépense moyenne par personne et par jour est de 50 euros avec un écart de 10% en plus pour la clientèle étrangère.

Une offre compétitive

Les résultats obtenus par la Corse sur les marchés montrent à l’évidence un certain nombre d’évolutions significatives du tourisme de l’île en quelques années. La Corse a su rester compétitive et a même progressé en 9 ans de près de 30% dans sa fréquentation. Les trafics d’entrée-sortie de l’île ont gagné plus d’1,5 millions de passages (soit en AR 750.000) et cela a impacté sensiblement notre territoire.

Le tourisme s’est également étalé dans le temps pour ne plus être quasi exclusivement limité aux vacances principales d’été. Les hébergements marchands sont ouverts en avril à plus de 63% et près de 80% si l’on considère les hôtels. En 2007 la barre symbolique des 50% de fréquentation hors juillet-août a été franchie.

La Corse a donc pris des parts de marché avec une moyenne de croissance de plus de 3% par an sur les dix dernières années et dans une concurrence toujours plus vive.

L’une des explications réside dans l’évolution qualitative de notre offre d’hébergement , stimulée par les dispositifs de soutiens publics de la période 2000-2006 qui a progressé en quelques années d’une étoile en moyenne.

Par ailleurs, dans la mesure où l’offre touristique corse est essentiellement familiale et indépendante, la destination a su se positionner de manière différenciée et peser sur les marchés en fédérant l’ensemble du tourisme corse derrière une marque destination « Qualité Corse » portée par l’Agence du Tourisme et trouver dans le portail régional « Visit-corsica.com » une visibilité sur les marchés.

Parallèlement, préfigurant la territorialisation des politiques et à la faveur du dispositif première génération des pôles touristiques porté par l’ATC, le tourisme a commencé à s’organiser sur toute l’île en micro-région de nature à pouvoir irriguer tout le territoire et non plus se limiter aux seules stations.

Ce développement touristique récent, si on l’analyse plus avant, montre que le rapport séjours globaux Français/Etrangers est aujourd’hui de 70/30 . Si l’on s’en tient uniquement aux hébergements marchands, la clientèle étrangère représente alors 40% à 43% des séjours marchands entre mai et septembre pour fléchir à 20% en avril et 33% en octobre. (source ATC/Observatoire du Tourisme 2007).

Une dynamique transport qui influe sur les séjours

Force est de constater que l’augmentation en volume de la fréquentation touristique s’est essentiellement exprimée par les séjours continentaux français et que le poids des étrangers, en près de 20 ans, a chuté de 40% à 30%.
De la même manière, alors que les flux maritimes augmentent très sensiblement et ont véritablement tiré la croissance à la faveur d’une compétition sévère entre les compagnies maritimes, les flux aériens stagnent en volume ( 2.402.000 en 1999, 2 377.000 en 2007) et restent toujours à 92% des flux Corse-Continent avec seulement 8% de flux étrangers aériens.
La clientèle étrangère de l’île, quasi exclusivement européenne, s’est diversifiée avec l’arrivée de nouveaux pays émergeants. L’Italie qui reste le premier contributeur étranger avec environ 40% des flux ne possède aucune connexion aérienne avec la Corse y compris pour son île voisine et concurrente sur les marchés internationaux la Sardaigne, parfaitement desservie, elle du point de vue aérien. La Corse reste en l’état dans une configuration atypique avec son principal pays étranger de proximité dont le potentiel de gain de séjours est pourtant incontestable.

L’Allemagne qui fournit à la Corse de l’ordre de 130.000 séjours principalement en avant et arrière saison ne décolle pas (nombre de séjours quasi- identiques en 10 ans) faute en particulier de connexions directes aériennes hors saison estivale.
La Grande Bretagne est dans le même cas de figure et la Corse perd même des séjours sur ce marché (41.000 aujourd’hui contre 45.000 il y a 8 ans). Cette difficulté est expliquée par la formidable accessibilité aérienne directe qui s’est développée depuis la Grande Bretagne vers les concurrents du bassin méditerranéen à des coûts très compétitifs.

La Corse n’a pu incontestablement, faute de connexions aériennes se développer sur ces deux marchés pourtant grands pays émetteurs dont le taux de départ en vacances à l’étranger est fort. On observera à cet égard que des destinations très typées et excentrées en France comme le Pays Basque et Biarritz qui ont fait le choix de connexions directes ouvertes avec ces pays émetteurs ont fortement développé leur intersaison par des courts séjours.

De manière générale, la Corse est confrontée à une demande relativement importante des marchés étrangers, tant d’ailleurs des marchés principaux que des marchés émergeants (Autriche, Europe du Nord ou plus récemment Espagne par exemple) qui se heurtent à des difficultés d’accessibilité en dehors de la pointe d’été sauf en connexion via des hubs et/ou à des prix hors marchés et en tous les cas peu acceptables pour des séjours courts ou séjours additionnels hors saison estivale.

La configuration actuelle des transports aériens de la Corse avec seulement 8% des flux étrangers, alors que l’étalement dans le temps de l’activité passe à l’évidence par ces flux de clientèle étrangères qui consomment de l’hébergement marchand et dont la dépense unitaire est plus importante, montre les limites du modèle touristique de l’île qui ne peut aujourd’hui raisonnablement prétendre développer une activité touristique toute l’année dans cette configuration totalement en marge des modèles existant sur les marchés touristiques.

Des gisements de performance

La Corse, à l’évidence, pourrait encore mieux exploiter l’ensemble du potentiel qui est le sien.

Les forces de la Corse sont bien identifiées, on peu citer principalement:

• Un positionnement géostratégique en Méditerranée, premier bassin touristique mondial, qui situe la Corse comme l’île la plus proche des grands marchés émetteurs Européens,

• L’attractivité d’un site remarquable et préservé ainsi qu’une diversité, en immédiate proximité, « mer montagne » qui confère un avantage concurrentiel majeur et dans les tendances lourdes de l’évolution de la demande,

• L’omniprésence de l’eau qui reste un atout important pour le développement touristique et qui nous singularise par rapport aux autres îles concurrentes moins dotées de ce point de vue,

• Une gamme probablement l’une des plus larges et plus profondes de Méditerranée , toutes les formes de tourisme étant représentées, ce qui, ne liant pas la destination à un marché ou une clientèle unique, minimise de fait les risques conjoncturels .

• Servie par une stratégie de communication adaptée, une destination reconnue comme typée et de caractère, à dimension humaine, loin des standards d’un tourisme banalisé et de masse,

Pour autant des faiblesses subsistent pour asseoir durablement le tourisme de l’île et essentiellement pour que l’activité puisse se pérenniser toute au long de l’année.

• Au premier rang nous citerons, malgré les réels efforts récents encouragés par les politiques publiques, encore de réelles lacunes en hébergement hôtelier à la fois en quantité et en qualité, pour créer une dynamique significative toute l’année. La Corse ne compte que 20.000 lits hôteliers majoritairement de petite taille – 26 chambres moyen – avec une réelle lacune en établissement de catégorie supérieure de niveau international, les 4**** et sup qui ne représentant que 10% de l’offre d’hébergement hôtelier soit 2.000 lits environ et cela nous rend vulnérable au regard des concurrents beaucoup mieux armés de ce point de vue.

• Une accessibilité aérienne handicapée à la fois par une approche qui s’est trop longtemps limitée à une dimension continuité territoriale et n’a pas suffisamment intégré la recherche de flux entrant et par les lacunes en hébergement ne satisfaisant pas toujours l’effet de seuil requis et coupent de marchés pourtant porteurs de valeur ajoutée et d’étalement de saison. Paradoxalement, les structures aéroportuaires maillent le territoire, sont d’un très bon niveau et peuvent parfaitement soutenir un accueil de niveau international. On soulignera encore de ce point de vue l’absence de desserte par des compagnies à bas coût comme dans la plupart des régions touristiques et notamment celles concurrentes de la Corse comme la Sardaigne au plus près.

• Une professionnalisation des acteurs à parfaire dans la mesure où les métiers du tourisme ne s’improvisent pas et sont extrêmement exigeants, le secteur étant très compétitif. Cela nécessite donc des formations adaptées y compris en langues pour développer les marchés étrangers et une appropriation qui si elle progresse reste encore à parfaire pour valoriser auprès des populations résidentes les vertus du secteur sur les conditions de vie des citoyens , sur l’emploi et l’économie de l’île.

• Une offre encore confidentielle dans les équipements structurants de loisirs susceptibles de générer une fréquentation touristique tout au long de l’année (centre de congrès, parcours de Golf, centres de remise en forme autour de l’eau) et une valorisation économique très insuffisante des richesses patrimoniales et naturelles aux fins de produits touristiques.


Investissements et projets réalisés sur le période 2001- 2007

L’ Assemblée de Corse lors de deux mandatures successives a adopté puis conforté les grands axes d’une « politique de tourisme et de développement pour la Corse ».

Cette volonté affirmée puis recentrée par délibérations successives du 14 novembre 2003 et 28 janvier 2005 a été concrétisée par l’importance des moyens mobilisés dans le cadre des dispositifs contractuels 2000-2006 et consécutivement aux transferts de la compétence Tourisme adoptée par la loi 2002-92 du 22 janvier 2002 relative à la Corse.

La mise en œuvre de cette politique confiée à l’Agence du Tourisme, établissement public de la Collectivité Territoriale de Corse, est fondée sur :

1. Le respect des équilibres des territoires intégrant l’environnement et les hommes.

2. Une logique de développement durable dans une recherche d’excellence territoriale.

Le tourisme, considéré par l’ensemble des acteurs politiques et économiques comme le moteur de l’économie insulaire pour créer de la richesse, des activités et de l’emploi en Corse, a bénéficié sur la période 2000-2006 d’un soutien très significatif en vue :

- D’augmenter la fréquentation en recherchant l’optimisation de l’offre, l’étalement de la saison et les clientèles à meilleure contribution.

- De renforcer la compétitivité des entreprises touristiques en favorisant la restructuration, la modernisation voire la création d’établissements hôteliers, de meublés de tourisme et chambres d’hôtes.

- De valoriser et structurer les territoires en pôles touristiques afin d’organiser des logiques d’accueil, de promotion et d’animation visant à renforcer la cohésion de projets d’investissements touristiques.

A ce titre, le dispositif tourisme 2000-2006 a permis d’atteindre les objectifs suivants :

- 60 millions d’euros engagés sur le dispositif à partir d’une maquette financière initiale de 32 millions d’euros soit + 88%.

- 45 millions d’euros au titre de la seule collectivité territoriale CTC -ATC soit +169% par rapport à la prévision financière initiale établie à hauteur de 16, 7 millions d’euros.

- 200 millions d’euros d’investissements réalisés.

- + 8500 lits modernisés et/ou créés soit plus de 170 hôtels sur 400 modernisés, soit un taux d’impact de la mesure par rapport à l’offre d’hébergement marchand de l’ordre de 43%.

- 30 établissements nouveaux créés (1200 lits).

- 300 meublés de tourisme créés.

-8 pôles touristiques créés et organisés.

- un soutien particulièrement important en faveur de la filière nautique :

- 80% des anneaux existants modernisés.

- A ce titre un plan nautique régional adopté par délibération de l’Assemblée de Corse du 3 juin 2005 fixe notamment des objectifs de création de 2000 places supplémentaires et 1000 mouillages à l’horizon 2013. Par ce dispositif une nouvelle dynamique va être donnée à cette activité par un soutien mobilisant divers moyens financiers de la Collectivité Territoriale de Corse.

- un programme engagé en faveur des activités de loisirs physiques et sportives de pleine nature et golfique.



A la lecture de ces résultats, on peut constater que :

1. La création de territoires de projets (8 pôles touristiques) a permis d’engager une démarche de structuration territoriale et de filières.

2. Des éléments essentiels de compétitivité ont été améliorés pour « rester dans le marché » très concurrentiel par la remise à niveau qualitative et à un degré moindre quantitative de l’offre d’hébergement et notamment du parc hôtelier.


Aussi, il convient de conforter la démarche engagée lors du précédent dispositif eu égard aux résultats encourageants obtenus dans la mesure où la thématique de compétitivité, d’attractivité et d’emploi figure, entre autres, parmi celles prévues aux programmes contractualisés 2007-2013.

Ainsi le programme stratégique de développement touristique sur la période 2008-2013 pourrait être articulé autour de quatre grands axes prioritaires, en complément de ceux inscrits au CPER et POE :

• La territorialisation de la politique touristique,
L’organisation des pôles touristiques autour d’actions structurantes et innovantes, maillage réseaux ;

• Un soutien sélectif aux acteurs du tourisme répondant à des critères, de qualité, d’innovation, d’attractivité,
Soutien aux projets désaisonnalisant, et investissements pour accéder a la marque Qualité Corse ;

• L’ingénierie, l’observation et la veille stratégique
Soutien à la mise en marché de l’offre d’hébergement et de loisirs ;

• La prise en compte d’une situation atypique de l’emploi
Valorisation des métiers et formation des acteurs.