Le modèle de l’Agritourisme en Sardaigne



Fin 2009, la Sardaigne comptait 757 exploitations autorisées à pratiquer « l’agritourismo », soit 39 de plus que l’année précédente, une croissance conforme à l’évolution des 10 dernières années régulière, solide et impressionnante.
Ce sont plus de 5 660 lits qui sont ainsi offerts dans l’île, le plus souvent avec la restauration complétées par quelques 1 200 places de restaurations seules. En fait 70% des « agri touristes » pratiquent la demi-pension.

La Sardaigne se démarque des autres régions italiennes par l’importance du volet restauration, reflet de l’importance de sa production agricole et de l’effort important depuis une dizaine d’année sur la valorisation de la production Bio et des produits alimentaires à forte typicité.
De plus l’organisation de l’agritourisme sarde incite à venir « manger à la ferme » et le système apparait fonctionner comme un moyen significatif de commercialiser directement les produits de l’exploitation. Il n’existe en effet quasiment pas de système de dégustation des produits locaux comme dans les autres régions italiennes, sous forme de lieu intermédiaire où l’on déguste, façon « spuntino », les produits de plusieurs producteurs.

L’agritourisme en Italie est un phénomène national, règlementé et encadré par des normes législatives (La dernière loi nationale date de 2006). La Sardaigne pour sa part a adopté en 1986 puis en 1998, des lois régionales qui règlementent la filière. Le but est de définir et contrôler les critères ruraux, de stimuler l’investissement et de normaliser les conditions d’accès et d’exercices des exploitations agritouristiques.
La loi prévoit aussi les modalités de classement des exploitations agricoles selon les différentes catégories : logement et/ou restauration sur l’exploitation (57%), restauration seulement (22,6%), logement uniquement (9,6%) et enfin logement et/ou restauration garantis dans le village (6,7%). La loi régionale recense et règlement aussi les activités annexes de loisir (équitation, randonnées, activité sportives…) offertes sur les exploitations.

Au-delà du simple classement catégoriel le dispositif législatif sarde présente deux atouts pour la structuration de la filière : l’accompagnement et la démarche qualité.

En ce qui concerne l’accompagnement, l’agritourisme est adossé sur trois dispositifs :
• La formation visant à assurer une qualification professionnelle pour les jeunes agriculteurs et des stages de gestion pour la maîtrise du modèle spécifique des exploitations agritouristiques.
• Un système d’information et de communication sur la filière avec une large diffusion des échanges d’expériences, des opportunités fiscale ou Communautaires et une utilisation de nombreux supports de diffusion (TIC, cartes, guides…)
• Un système de marketing territorial qui vise à mettre en valeur les spécificités des diverses zones de production, les potentialités des micro-régions…

En ce qui concerne le système de gestion de la qualité, il poursuit le double objectif d’information et de contrôle du consommateur et crée les conditions de stimulus à l’investissement. Le système de classement type « étoiles » est adapté aux spécificités des productions agricoles concernant notamment la typicité, la provenance, la traçabilité et la fraîcheur.
L’intensité de la filière agricole en Sardaigne, la diversité des productions territoriales expliquent qu’au-delà de la simple exploitation agricole réceptive, l’accent est mis sur l’intégration à une espace plus large au « paese » qui permet d’élargir également la diversité de l’offre sur un lieu donné.

Au-delà des éléments matériels de classement de l’exploitation (superficies, sanitaires, équipements de base…) l’accent est mit sur les services Immatériels. L’accent est mis sur l’accueil, défini par l’intensité de la présence et de l’assistance fournie par le propriétaire et sa famille qui définissent la spécificité de l’agritourisme par rapport à d’autres types d’hébergement.

Le processus de certification est donc conçu comme une démarche de qualité volontaire et il concerne, au-delà du seul produit agritouristique, toute une série de services et d’activités destinés à mesurer la compétitivité de l’exploitation et la satisfaction du client-hôte. Un système de contrôle assez strict et contraignant aboutit à la disparition, la plupart du temps volontaire, d’une demi-douzaine d’exploitation en moyenne chaque année. L’exploitant qui se retire du classement le fait souvent parce que la charge de suivi de l’ensemble des paramètres lui semble trop lourde à assumer.

Mais la croissance de la filière est telle que les exigences de qualité apparaissent aux nouveaux venus, qualifiés et formés comme un atout significatif et que les clients-hôtes plébiscitent le modèle puisque l’ensemble des exploitations recensées génèrent un peu plus de 600 000 nuitées.