Bilan des 2émes Journées Scientifiques du Tourisme Durable à Poitiers

lejournaldelecotourisme du 25/08/11



Pour la 2ème édition des Journées Scientifiques du Tourisme Durable, organisées cette année en partenariat avec l'IPAG, l'ADERSE et l'AFEST, le professeur Erick Leroux est parvenu a rassembler les 23 et 24 juin dernier une quarantaine d'experts dans les locaux de l'Université de Poitiers, en Poitou Charente. Un évènement nouveau encore confidentiel – mais prometteur - au cours duquel furent présentées les contributions de plus de vingt intervenants venus d'un peu partout en France. Des universitaires, des représentants d'associations, des experts du privé... Le thème à l'honneur pour cette seconde édition ? « Tourisme durable et enjeux stratégiques ». Un rassemblement qui a le mérite d'exister.

Un portrait-robot du ''touriste durable'' destabilisant

En guise d'introduction, au cours d'une intervention intitulée « La Stratégie de développement durable, levier indispensable du développement touristique », le Professeur Erick Leroux s'interroge: « A quoi ressemble un touriste durable ? ». S'appuyant sur les travaux de trois chercheurs anglais et néo-zélandais, le chercheur présente le voyageur responsable comme « un homme ou une femme sensible à l'environnement » qui « va là où l'environnement est protégé », qui « est prêt à faire des concessions », « prêt à renoncer à son confort, à faire un arbitrage et à être responsable en adoptant un comportement exemplaire ». Grincements de dents feutrés dans les rangs. Interrogés plus tard en journée, plusieurs participants confient ne pas partager cette approche. « C'est une conception un peu vieillotte et utopiste. Le touriste aujourd'hui ne veut avoir à faire ni sacrifices ni trop d'efforts. Il veut bien voyager de manière responsable mais il veut pouvoir déléguer pendant son séjour les aspects les plus rébarbatifs et contraignants » confie par exemple une participante. Choquant, prisonnier de clichés, le professeur affirmera un peu plus tard en journée: « On peut s'interroger sur les limites de la sensibilisation. Regardez les allemands. Ils sont très sensibles à l'environnement et pourtant, quand ils voyagent, ce sont les premiers à tout dégueulasser ». Le fruit d'une recherche scientifique ?

A la tribune, au pas de charge, le professeur Leroux poursuit: « La France est en retard par rapport à d'autres pays européens en matière de tourisme durable mais il faut souligner le rôle majeur des associations de protection de l'environnement, surtout dans un pays comme la France où 97% des eaux sont polluées, où l'on utilise tant les pesticides et où la qualité de l'air est déplorable». Une vision très noire. L'universitaire regrette que « le tourisme solidaire fasse l'objet de peu d'études » puis constate que « la problématique des gens du voyages est peu connue ». Quel rapport avec le tourisme durable ? Nul ne sait. Enfin, pour l'intéressé, le tourisme responsable présente deux facettes. Selon lui, « l'accueillant doit limiter sa capacité d'accueil » tandis que « le touriste doit être raisonnable ». Deux affirmations là encore discutables. Un dernier commentaire du savant, pour la route: " Le touriste responsable, je le pense, est quelqu'un qui est prêt à payer plus cher pour voyager en respectant ses convictions " affirme Erick Leroux. Un avis contredit par de nombreuses études d'opinion ces dernières années.

S'en suivent ensuite une série de quatre ateliers.
A la lecture des interventions d'une vingtaine d'intervenants (dont l'intégralité sera publié dans les mois à venir dans la revue Management et Avenir), voici ci-dessous les résumés qui - à postériori - ont finalement retenu notre attention.

Jeudi après-midi et vendredi matin, venus présenter et « vendre » leur savoir faire, ce sont surtout des acteurs locaux qui ont pris la parole, à tour de rôle, pour présenter les coulisses de la Vallée des singes de Romagne, le parc de la Planète des Crocodiles ou encore la politique du département Poitou Charente en matière de tourisme durable. Et chacun de dénoncer, avec des mots parfois très durs, la guerre larvée entre le département (UMP) et la région (PS). Des exposés intéressants et ciblés mais qui, in fine, n'ont pas permis ensuite à l'ensemble des participants de débattre sur le tourisme durable en général. Interrogé simplement sur les raisons du faible rôle joué aujourd'hui par l'Etat pour accompagner les acteurs français du secteur, Pierre-Charles Pupion (IAE-Université de Poitiers) éructe: « Mais il y a bien longtemps que l'Etat a passé la main aux collectivités et aux territoires ! » Avant de reconnaître que « l'Ademe pourrait peut-être faire davantage... ». Par exemple en créant des outils de management utilisables par les acteurs de terrain, en aidant les acteurs du secteur à se réunir chaque année, en vantant, au moyen de larges campagnes de communication partout en France, les vertus des tourismes alternatifs (responsable, durable, vert, rural, solidaire, équitable...).

Quels rôles les chercheurs veulent-ils jouer ? Lanceurs d'alertes ? Aiguilleurs ? Comment ces têtes chercheuses peuvent-elles sortir de leur isolement et partager davantage leurs analyses ? Des questions restent en suspend. A noter enfin que, dans les mois à venir, ces chercheurs devraient créer une association et mettre en ligne un site web dédié aux Journées Scientifiques. Un premier pas. L'an prochain, en 2012, ce rassemblement pourrait être organisé au Canada. Une ouverture vers le reste du monde louable.

ATELIER ENTREPRISES:

1) Philippe Callot, Professeur Groupe ESCEM (L’entrepreneuriat durable en hôtellerie-restauration comme cadre de rupture stratégique : du doute à la réalité

En s’engageant dans une démarche d’éco-responsabilité, les entrepreneurs d’une petite structure hôtelière ont créé un véritable changement des règles. Le management environnemental est devenu une réelle rupture stratégique. La rupture provoquée ici n’est pas une différenciation. Cependant, aveuglés par leur militantisme les dirigeants ont oublié les principes d’une bonne gestion au plan économique. La rupture en amont peut ainsi provoquer une rupture, fatale, en aval. C’est aussi cela la dure réalité de l’entrepreneuriat durable.

2) Marielle SALVADOR-PERIGNON, Enseignant-chercheur à l’ESC Chambéry, qualifiée aux fonctions de Maître de Conférences. Groupe ESC Chambéry (Savoie Technolac) Tourisme culinaire et valorisation des produits artisanaux : vers un tourisme durable.

Partir en weekend dégustation, s’inscrire à des ateliers de cuisine lors d’un séjour ou acheter des produits locaux, tout cela participe à la quête d’authenticité d’un lieu, souvent recherché par le touriste. Les produits caractéristiques d’une région constituent un moyen de valoriser un capital culturel local. Mais encore faut-il qu’ils soient identifiés comme tel par les individus. Si la littérature fournit des éléments de réponse sur ce que sont les produits du terroir pour les consommateurs, il n’existe rien sur ce que signifie chez ces mêmes consommateurs, la fabrication artisanale d’un produit. L’étude des représentations mentales des individus permet d’apporter des précisions quant aux critères saillants d’un produit issu d’une fabrication artisanale, et révèle que ce dernier porte en lui-même les conditions d’un tourisme durable, respectueux des ressources culturelles et naturelles.


ATELIER TERRITOIRES:

3) Mireille Barthod – Prothade (Enseignant – chercheur, Chercheur associé à l’IREGE, Université de Savoie ESC Chambéry, Savoie Technolac) Tourisme durable et développement du territoire : les micros actions de l’innovation sociale engagent – elles la production d’une stratégie de ressources humaines responsables?

Il s'agit d'exposer comment une approche multi-échelle, combinant l’apport des sciences de gestion à celui des sciences sociales, permet de construire un modèle analysant l’expérience touristique itinérante en milieu rural. La démarche proposée tente de prendre en compte les effets du tourisme sportif en termes de développement durable et de valorisation des territoires. La prise en compte des usagers s’avère primordiale pour accéder aux activités proposées par les offreurs (randonnée pédestre et équestre, vélo, canoë...). Ces formes de tourisme sportif contemporaines s’y déroulent et se caractérisent par les déplacements hors du lieu de résidence à des fins itinérantes et de découverte de la nature qui recouvrent des déplacements « doux » (Graburn, 1989). La demande de pratiques itinérantes est la conséquence de l’exigence du consommateur avide d’authenticité, de sensations et de découverte. Pour la cerner, il s’agit de proposer une analyse prospective des besoins et des opportunités mettant en avant le potentiel territorial et touristique local. Le modèle proposé recouvre un cadre d’analyse (Goffman, 1991) mobilisant une méthodologie qualitative. Il repose sur l’analyse des discours des touristes et l’observation des interactions, de leurs usages du territoire couplé à l’étude des pratiques des prestataires. Ainsi, pour tester ce modèle de tourisme durable à travers l’expérience recréative, il s’agit d’étudier les caractéristiques du produit canoë éco-pagayeur, son apparition sur le marché, ses supports et ses phases de développement.

ATELIER STRATEGIE DE PRESERVATION & RSE:


4) Jean-Marie BRETON, Professeur de Droit Public à la Faculté des Sciences Juridiques et d’Economiques de la Guadeloupe. Quelle « durabilité » pour le tourisme dans les Antilles françaises ? Entre horizons idylliques et réalités locales : les limites du volontarisme politique

Les départements français des Antilles ont depuis longtemps cherché à exploiter leur riche potentiel touristique et à développer les activités dont il est le support, au profit d’un développement conçu et voulu comme durable, qui puisse à la fois répondre aux exigences de protection de leur environnement, et bénéficier soient favorables aux populations et/ou communautés locales. Le secteur du tourisme ne saurait donc rester étranger à cette démarche, afin de répondre aux attentes qui s’expriment envers un développement de cette nature. Les politiques publiques comme les initiatives privées y restent toutefois largement tributaires de nombreux paramètres, de nature conjointement politique, sociale et culturelle. Ceux-ci y affectent l’activité touristique d’incertitudes trop souvent aggravées par des handicaps endémiques et des crises conjoncturels dont les impacts s’avèrent largement négatifs, et marquent par là les limites du volontarisme des acteurs du tourisme.

Des souhaits aux réalisations, des perspectives de développement durable aux difficultés rencontrées, en termes identitaires et patrimoniaux notamment-, ce sont les enjeux comme les perspectives stratégiques et opérationnelles d’un développement touristique durable qui sont en cause. Au regard des exigences de durabilité et de viabilité de plus en plus fréquemment associées à ce dernier, le décalage entre les souhaits des décideurs et des opérateurs, d’une part, et la pesanteur des réalités et des récurrences locales, d’autre part, n’en est pas la caractéristique la moins significative et déterminante.

5) Vincent GODENER, Maître de Conférences (IUT de Saint-Denis –Université Paris 13). Le tourisme solidaire, une réponse consumériste aux motivations du voyageur post-moderne ?

Dans nos sociétés occidentales, se déplacer semble être devenu une injonction, les vacances un devoir, le voyage une consommation obligée et standardisée. Pour autant, fondamentalement postmoderne, le touriste occidental semble ne plus vouloir se reconnaître totalement dans cette standardisation du voyage. Déclinant sa recherche d’authentique jusque dans le choix de ses vacances, le touriste de ce début de 21e siècle chercherait à devenir un voyageur. Par une tentative d’analyse des motivations du touriste solidaire, cet article s’interroge sur le fait de savoir si cet autre tourisme ne serait pas une simple adaptation du marché aux attentes d’une clientèle.

ATELIER STRATEGIE DE DD ET PNR:

6) Soumaya Hergli (CEREGE EA 1722-Université de Poitiers) Jean-Michel Sahut (Professeur, HEG Genève & CEREGE EA 1722-Université de Poitiers) Frédéric Teulon (Directeur, IPAG LAB) Stratégies de développement durable: le cas de l'hôtellerie

Le tourisme durable doit tenir compte de trois aspects fondamentaux liés au développement durable : l’aspect économique, l’aspect social, l’aspect environnemental, lesquels sont difficilement conciliables. Les entreprises du secteur touristique développent de plus en plus des politiques développements durables sous la pression des leurs parties prenantes, et notamment de la réglementation. L’analyse de la stratégie de développement durable au sein d’une grande chaine hôtelière comme le groupe Accor montre que les risques de détournements sont forts car cette dernière peut s’orienter vers la commercialisation, la communication, la requalification d’actions déjà anciennes, la valorisation de l’image de marque… La définition de stratégies optimales de DD dans l’hôtellerie reste à imaginer, et amène à se demander plus globalement si un tourisme réellement durable est possible.

7) Luc Florent (Groupe ESC TROYES) La contribution des activités pédestres au développement durable des territoires: l'exemple du PNR du Vercors

Indiscutablement, les activités pédestres contribuent au développement durable des territoires. Les impacts sur l'économie, la société et l'environnement sont globalement positifs. Les effets structurants sont plus importants que les effets destructurants. Le PNR du Vercors en est un exemple emblématique. Nous avons en effet constaté que la randonnée et la promenade participe au développement de ce territoire. Elles apparaissent aujourd'hui comme une réelle alternative aux sports d'hiver. La saison estivale devient chaque année plus importante pour le massif. Mais il convient d'éviter une massification du tourisme car le milieu montagnard est fragile. L'inscription des activités pédestres dans une logique de durabilité est indispensable. Le PNR du Vercors l'a bien compris et travaille dans ce sens. Son succès tient en grande partie au rôle joué par le parc et par la gestion originale des activités pédestres. Refusant un modèle inopérant imposé de l'extérieur, le PNR a mis en place son propre randosystème. Il gère l'ensemble de la politique de randonnée en concertation avec les autres acteurs présents sur le territoire. Grâce à cela, l'offre est claire et attractive. La communication et la sensibilisation permettent d'éviter la destruction de l'environnement.